Le Maléfice des Cendres – Tome 1

Venez découvrir mon premier roman

Résumé :

« Moi, c’est Kaeda ! Aujourd’hui je suis censée me réjouir à l’idée de réaliser mon rituel de Krin, une cérémonie de passage à la maturité Elfique l’année de notre deux centième anniversaire, perpétrée depuis des millénaires, depuis que la grande déesse nous a fait don d’un lien indéfectible avec la nature, qui nous donne longévité, pouvoir et sagesse.
Mais honnêtement, comment pratiquer la cérémonie et le rituel, alors que je n’ai toujours pas trouvé ma place et que ce lien avec la nature qui doit donner un sens à mon existence, ne m’évoque que peur et angoisse.
En effet depuis des décennies, notre royaume : Aronir est rongé par un maléfice ! Un maléfice sombre qui nous affaiblit et propage la famine et la haine…
Je ne peux m’empêcher de me demander ce qu’il va advenir de mon avenir, comment vais-je survivre à ce rituel et qui pourra bien sauver notre royaume ? » 

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Chapitre 1

   Il y a des centaines d’années, le peuple d’Aronir comptait de grands guerriers possédant des pouvoirs incommensurables. A cette époque, les elfes ne faisaient qu’un avec la nature et elle les rendait plus forts, plus puissants ».

   Je me redresse sur ma petite chaise en bois, j’ai lu ces lignes des milliers de fois, dépeignant mes ancêtres, la force ancestrale des anciens elfes, leur abondance et leur richesse.

   Assise à mon bureau dans ma chambre, je regarde par la fenêtre. Tout est calme dehors, le vent souffle doucement dans les feuilles des arbres derrière mon jardin, les fleurs sont parées de milles couleurs, les rayons du soleil créant de jolis contrastes sur l’herbe. Pourtant, je ne peux m’empêcher d’être mélancolique. Malgré les apparences, aujourd’hui le monde de mes ancêtres n’est plus. Plus qu’un tas de cendres, un sol infertile, une magie qui s’éteint et des connaissances renfermées dans des livres poussiéreux. Depuis la grande guerre, les elfes de mon pays ont vu leurs dons peu à peu disparaitre, la nature quant à elle périt. Un mal ronge le royaume tout entier et même les vieux sages ont, semble-t-il perdu espoir de trouver une solution à cette fin qui semble inévitable. Nous mourrons à petit feu sans savoir comment y remédier…

   Aujourd’hui pourtant je suis censée me réjouir. Me réjouir à l’idée de réaliser mon rituel de Krin, une cérémonie de passage à la maturité Elfique perpétrée depuis des millénaires, depuis que la grande déesse nous a fait don d’un lien indéfectible avec la nature, qui nous donne longévité, pouvoir et sagesse.

   Pour notre deux centièmes anniversaire, la déesse nous offre une inscription, le Krinak, qui restera à jamais gravée dans notre peau et qui nous permet d’intégrer le grand cercle de la nature. Je trouve personnellement que cela n’a aucun intérêt. Nous continuons à nous lier à cette nature mourante qui autrefois nous apportait tant. Aujourd’hui, ce rituel est pratiqué plus par habitude, mais soyons honnête, cela n’a plus vraiment de sens et montre un peu plus que mon peuple n’accepte pas cette décadence, comme si tout ce qui se passe n’avait aucune importance. J’ai songé plusieurs fois à fuir pour ne pas assister à ce fiasco. Comment expliquer à ma famille et au village ce que je pense de cette pratique, comment avouer qu’après tant d’années je ne sais toujours pas qui je suis. Comment pratiquer la cérémonie et le rituel, alors que je n’ai toujours pas trouvé ma place et que ce lien avec la nature qui doit donner un sens à mon existence, ne m’évoque que peur et angoisse. 

   Je me retourne vers mon lit, ma mère a déposé mes vêtements de cérémonie plus tôt dans la matinée. Je n’ai pas le temps de me perdre plus longtemps dans mes pensées car elle frappe à la porte, sûrement pour venir me coiffer. Je lui indique un peu à contre-cœur qu’elle peut entrer, je ne peux plus reculer maintenant.

 – Prête pour ton grand jour ? me dit-elle d’un large sourire.

 – Oui, bien sûr, j’attendais ce jour avec tellement d’impatience.

   J’espère qu’elle n’entend pas l’ironie dans ma voix, mais même si elle l’a remarqué, elle ne relève pas. Elle prend la brosse sur mon bureau et commence à brosser mes cheveux délicatement.

 – Tu sais, je me souviens de mon rituel, j’étais fébrile, m’explique-t-elle. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre et je ne savais pas non plus quelle marque allait s’inscrire sur ma peau, mais, aie confiance ! la déesse sonde l’âme, elle trouvera ce qui te correspond. Cette journée te restera comme un moment mémorable, un peu comme une renaissance.

   Je regarde sa main gauche qui commence à rassembler mes cheveux et vois son Krinak, une magnifique branche de rosier qui parcours son poignet et ses doigts. Je reste songeuse quant à l’utilité actuelle de sa marque qui ne lui donne plus aucun don, par le passé, il lui permettait de fertiliser les plantes et d’obtenir une pousse fulgurante.

   Je ne lui réponds pas et je ne pense pas qu’elle attende une réponse de toute manière. Je considère plutôt qu’elle voit cela comme un encouragement, même si j’ai toujours du mal à me détendre. Mon rituel est un sujet de discorde entre mes parents et moi, qui savent à quel point je redoute ce jour, même s’ils n’en saisissent pas vraiment la raison.

   Ma mère tresse mes cheveux pour en faire une coiffure sophistiquée qui doit convenir à un jour de cérémonie. Je n’ai pas l’habitude de les voir si apprêtés, au quotidien je me contente de les laisser lâchés ou attachés simplement quand ils me gênent. J’aime leurs boucles qui changent au fil des jours.

   Après plusieurs dizaines de minutes, elle a fini son ouvrage. Elle a l’air satisfaite du résultat car elle me sourit chaleureusement dans le miroir qui me fait face. Toujours dans le silence depuis son arrivée, elle dépose un baiser sur le haut de mon crâne et sort de ma chambre.

   Je contemple quelques minutes mon reflet. Etrangement je trouve que cela me va plutôt bien. Le chignon est orné de tresses qui ressemblent à un entrelacs de racines et de fleurs. Des boucles s’échappent en cascade jusqu’à mes épaules et parent mon visage. Je devrais peut-être prendre le temps de me coiffer plus souvent. J’admire la manière dont ma mère réussit à créer de la vie par une simple coiffure.

   Mais pour le moment, l’heure n’est pas à la contemplation, il ne me reste plus beaucoup de temps pour me préparer et je ne peux décemment pas me permettre d’être en retard à mon propre rituel. J’entreprends alors d’ajouter des fleurs, je les bloque une à une dans mes tresses. J’ai choisi de mettre les fleurs sauvages violettes et roses qui poussent dans notre jardin, je les ai cueillies à l’aurore pour qu’elles soient les plus fraiches possible, elles iront à merveille avec le châtain foncé de mes cheveux. J’aime l’aspect sauvage et simple de ces fleurs, je trouve qu’elles me correspondent plus que celles sophistiquées que je vois ornées habituellement aux vêtements et coiffures des habitantes de mon village. Pour finir de m’apprêter, j’ajoute également quelques petites pierres polies vertes qui viennent des mines de Phyrra.

   Quand j’en ai fini, je commence à me maquiller. Je dois dessiner les lignes rituelles vertes le long de mon visage pour honorer la déesse et recevoir sa bénédiction. Je me suis entrainée plusieurs fois, avec ma mère, à les réaliser parfaitement. C’est le premier pas pour le rituel, les réaliser seule. J’attrape mon pinceau fin sur mon bureau et trempe le bout dans la décoction de plantes vertes qui sent bon la menthe. Je dessine une première ligne qui traverse mon visage le long de mes pommettes, en débutant de mon oreille gauche jusqu’à la droite, en passant par le bout de mon nez. Puis sur ce dernier, j’en dessine deux autres plus courtes au-dessus. Je fais en sorte que les lignes soient les plus symétriques possibles. Je rajoute quatre points au milieu de mon front qui descendent verticalement et je fais de même sur mon menton. Une quatrième ligne part de ce dernier jusqu’en bas de ma gorge. Le long, j’y dessine des feuilles et des fleurs rituelles. Pour finir, j’ajoute des inscriptions en ancien elfique sur chacune de mes mains. Sur la droite est noté le mot « Vaillance » et sur l’autre « Bonté ». Ce sont d’ailleurs les seuls mots que je connaisse en langue ancienne. J’ajoute des boucles en pierres vertes à mes oreilles pointues. J’ai toujours aimé la forme des oreilles de notre peuple et leurs inclinaisons vers l’arrière, je trouve qu’elles nous distinguent des autres animaux d’Aronir et nous donne un certain charme.

   Quand j’ai fini, il me reste environ une demi-heure avant la cérémonie, mais je ne me sens toujours pas à l’aise à l’idée de porter la robe imposée pour le rituel. Elle est d’un blanc immaculé laissant ma peau découverte afin que les habitants puissent voir notre Krinak.

   Je la passe à contre cœur. Elle m’arrive bien trop au-dessus du genou à mon goût. Elle a un décolleté, de fines bretelles et laisse ma nuque dégagée. Elle est composée d’un tissu léger et fluide, qui à la lumière fait présager une transparence qui m’effraie, n’ayant pas envie de me sentir nue devant l’assemblée. Dessous nous ne portons qu’une fine culotte du même blanc. Ce n’est pas dans mes habitudes d’être si peu vêtue.

   Pour me donner confiance, je décide de nouer ma ceinture tressée verte à ma taille et d’y ajouter le reste des fleurs naturelles, qui ont servies pour mes cheveux. Il y a quelques années, encore, ma mère aurait pu, avec son don, les faire pousser directement dessus. C’est pourquoi effectuer cette cérémonie me semble ridicule. Les elfes n’ont quasiment, voire plus du tout de pouvoir. Je vais devoir trouver quel don j’ai acquis avec le Krinak reçu aujourd’hui, pour le toucher du doigt, l’apprivoiser, m’y attacher et qu’il fane comme une rose à la fin de la saison claire.

   Malgré cette envie grandissante de ne pas y aller, me voilà tout de même fin prête. J’aurais aimé porter mes potions et ma ceinture de cuir avec mes parchemins pour me sentir plus à mon aise, comme dans ma tenue habituelle. Car j’ai cette désagréable impression que tout elfe qui pose le regard sur moi pourrait sonder mon âme et comprendre mon envie de fuite imminente.

   Je me regarde dans le miroir et je ne me reconnais pas. Mes jambes paraissent plus longues ainsi, mais leurs pâleurs trahissent leurs absences d’exposition au soleil. Les lignes vertes qui parcourent mon visage, me paraissent bien réussies et me font me sentir plus confiante, comme si je portais un masque. Une sorte de protection contre le reste du monde pour les prochaines heures.

Je réajuste une dernière fois ma robe en la tirant le plus possible vers le bas. Si seulement le tissu était extensible ! Je revérifie mes cheveux, inspire un grand coup et me dirige vers le salon.  

   Quand je passe la porte de ma chambre, mes parents, Nuala et Thundruil, m’attendent assis à la table de la pièce principale. Ils me regardent tous deux sans mots dire, je vois leurs yeux briller plus que d’habitude. Je m’avance et me râcle la gorge.

 – Nous pouvons y aller, je suis prête, enfin je crois…

   Ma mère s’approche de moi et m’attrape par les épaules.

 – Tu es vraiment très belle, ma petite est déjà si grande !

   Me dit-elle tandis qu’une larme perle sur sa joue. Mon père se relève aussi.

 – Ta mère a raison, tu es ravissante. J’espère que tu ne feras pas chavirer trop de cœur. Il émet un petit rire qui me fait sourire.

 – Bon allons-y, nous allons finir par être en retard, ajoute ma mère en enfilant ses chaussures.

   Je passe les miennes, ce sont des escarpins ouverts verts mousses, des branches et des feuillages recouvrent une partie du dessus de mes pieds. En les passant je les trouve plus confortables qu’ils en ont l’air. Je ne mets pas souvent de talons, mais je me suis entrainée ces dernières semaines pour ne pas subir d’humiliation en tombant accidentellement sur les marches du kiosque.

   Allez Kaeda ! Prête ou pas, tu dois y aller maintenant. Pas de retour en arrière possible…

Chapitre 2

   Je sors la première de ma maison d’enfance, suivie par mes parents.  En ce début d’après-midi le temps est doux, une brise légère vient caresser ma peau et m’apaise un peu. Nous sommes au début de la saison claire et le temps est déjà agréable, les fleurs ont même éclos en avance cette année. 

   Cela fait moins d’une heure que j’ai refermé mon livre et j’avance déjà en direction de la petite place de Phyrra, mon village natal. Ma maison étant un peu isolée du centre, je vois au loin une foule déjà dense se rassembler au cœur du village.

   En nous approchant, je constate que tout le monde est réuni pour l’occasion. Les vêtements de cérémonie sont de sortie. Ornés de perles, de mousses et de fleurs, ils brillent de mille feux. Les allées sont décorées et se fondent parfaitement dans le mouvement des tenues. Des bougies flottent un peu partout et garnissent les allées et les rebords de fenêtres. Les bijoux de cristal et de pierres semi-précieuses tintent dans les mouvements du vent. Cet instant parait suspendu, hors du temps, presque hypnotisant.

   Il est rare que les habitants célèbrent encore les fêtes annuelles. La dernière en date était la cérémonie d’un elfe du village, il y a environ dix ans déjà. Aujourd’hui nous sommes deux à passer le rituel de Krin.

   Freya, une apprentie qui suit les mêmes enseignements que moi, s’avance d’ailleurs vers le kiosque, sûre d’elle. Elle reçoit beaucoup de compliments sur son passage et son sourire chaleureux les accompagne. Nous ne sommes pas amies, mais je lui envie cette confiance en elle. Elle semble avoir attendu cet instant toute sa vie. Pendant un cours de Madame Shriken, notre préceptrice, je l’ai entendu dire qu’elle avait rêvé de son Krinak et ce depuis ses quatre-vingts ans.

   Pour ma part, je n’avais pour le moment aucune idée précise de ce qui allait s’inscrire sur ma peau dans quelques minutes à peine. Je sais toutefois, que comme ma mère, je pourrais en connaitre sa signification par la suite et chercher les dons qui m’auront été confiés.

 – Kaeda, dépêche-toi d’avancer, me chuchote ma mère.

   Perdue dans mes pensées, je n’ai pas remarqué qu’il ne manque plus que moi sur l’estrade en bois installée devant le kiosque pour l’occasion. Je me dépêche alors de les rejoindre car la Sage m’attend pour commencer. En montant, Freya me lance un regard noir presque imperceptible, avant qu’elle ne reprenne son masque de parfaite petite elfe.

   La Sage de notre village commence par saluer la foule et chanter les louanges de la déesse, mais je n’écoute pas. Je suis trop effrayée par ce qui m’attend, par la déception que je vais lire dans le visage des miens si je ne réussis pas ce rituel.

   Freya est la première à passer. Cela me laisse au moins le temps de reprendre une certaine contenance. Déjà elle quitte l’estrade, enjambe avec grâce le petit cercle de fleurs et de bougies autour du kiosque en bois, pour s’approcher de la statue de la déesse juste en dessous.

   Selon la coutume, elle pose ses mains sur les paumes tendues de la statue et ferme les yeux en répétant l’incantation prononcée par la Sage. Très vite, une lumière forte émanant de la déesse englobe complètement Freya. Les flammes des bougies vacillent, les fleurs et les feuilles posées en cercle, il y a encore quelques minutes, commencent à virevolter autour d’elle, créant un tourbillon de couleur. La lumière devient plus forte, presque aveuglante. Puis tout à coup, tout redevient calme. Les bougies sont éteintes, il n’y a plus ni fleurs, ni feuilles, celles-ci se sont incrustées sur son épaule droite, où une faible lueur vacille encore. Son Krinak épouse parfaitement son épaule délicate, les lignes sont impeccables, je peux percevoir les derniers pigments qui s’imprègnent dans sa peau, pour y laisser une marque indélébile en forme de rose. Elle arbore un grand sourire et toute l’assemblée s’incline pour clôturer son rituel et approuver son intégration parmi les leurs.

   Elle descend de l’estrade, je la suis du regard, tout le monde vient à sa rencontre pour admirer sa marque florale, beaucoup la complimente à son sujet. Mon regard dérive ensuite vers ma mère qui me fait un signe de la main pour m’encourager. J’essaie d’afficher un sourire confiant sur mon visage, même si je pense que cela ressemble plutôt à une grimace, pendant que les petites mains s’activent à regarnir le cercle de fleurs et de feuilles. Je suis gênée, sur cette estrade, dans cette robe de cérémonie presque transparente sous les rayons du soleil. J’essaie d’oublier mon malaise et le fait que mon corps soit exposé devant autant de monde. Je regarde Freya qui déambule à travers la foule dans la même tenue ne semblant pas le moins du monde, embarrassée et j’envie de nouveau son assurance. Faites que cela se termine vite !

   Une boule commence à monter dans ma gorge quand je vois les elfes ayant fini leur tâche, quitter le kiosque pour redescendre dans l’assemblée. Mes mains tremblent légèrement, je prie pour que personne ne remarque mon trouble. Je m’avance vers le centre de l’estrade où la Sage commence à entonner ses incantations, une légère goutte de sueur perle sur mon front. Ma vision se trouble et mon cœur tambourine dans ma poitrine quand elle me fait signe de m’avancer vers la statue. Je pivote pour la voir et tourne le dos à l’assemblée, faites que tout se passe bien… faites que tout se passe bien.

   J’avance doucement vers la statue, mes jambes me tiennent à peine. J’enjambe doucement le cercle de plantes posées au sol pour ne pas tomber avec mes talons. Je suis maintenant face à la statue en pierre de la déesse. Elle se dresse fièrement sous le kiosque en bois sculpté, orné d’épi de blé, de minéraux et de pierres semi précieuses. Tout ce qui représente la richesse de notre village. La statue est majestueuse, à taille réelle, comme une elfe figée dans la pierre.

   Je l’ai vu de nombreuses fois, je l’ai prié également toute mon enfance, mais aujourd’hui son visage semble différent, presque vivant. Je ne sais pas si mes yeux me jouent des tours, si les bougies lui donnent vie, mais elle semble avoir une âme. Je pose mes mains sur les siennes, elles sont étonnamment chaudes, je sens alors cette douce chaleur se propager dans mes paumes, puis dans mes bras et dénouer les nœuds de mon corps. Son regard est également rassurant. Je laisse échapper un léger soupir de soulagement. Tout va bien se passer finalement.

   Je répète après la Sage, les mots en ancien elfique qui signifie : « Moi Kaeda, en ce jour je promets de protéger la nature et les êtres qui la composent, je promets de respecter mes valeurs, celles de mon peuple et de ma famille, je promets de faire preuve de bienveillance envers ceux qui m’entourent. J’accepte de recevoir ce don de la déesse mère et d’y faire honneur. » A ces mots la Sage se met à chanter. La chaleur dans mes mains s’intensifie, la lumière jaillit de la statue comme une aura rassurante, elle tourne autour de moi comme un bouclier, je ne vois plus l’assemblée, je me sens bien. Je n’entends plus qu’un murmure dans ce tourbillon, qui semble provenir de la statue elle-même, un murmure qui semble me demander de regarder au plus profond de mon cœur.

   Je ferme les yeux un instant et me concentre alors sur les battements de celui-ci devenu plus régulier. De nombreuses images me viennent par vagues, des sourires sur des visages que je ne connais pas, la vie et la mort qui créent un équilibre parfait au fil des saisons, des fleurs qui poussent et renaissent. Des images plus belles les unes que les autres défilent dans mon esprit. Quand tout à coup cette vision change, je ne vois plus que du feu, de la désolation qui se propage, des hurlements de souffrances, du sang et des morts. J’ouvre les yeux, prise de panique à cette dernière vision, je regarde autour de moi, les fleurs et les feuilles virevoltent normalement, mais je sens dans mes mains, une douleur qui devient de plus en plus vive, je les regarde, pourtant rien ne semble avoir changé. Je lève les yeux vers le regard de la statue et là, j’y lis de la douleur, une sorte de cri d’effroi. A cet instant, l’intérieur de cette bulle me semble devenir étouffant, j’ai du mal à respirer, je sens un poids peser dans mes mains qui m’empêche de bouger et une douleur qui irradie dans mes bras, puis dans mon corps, comme des milliers d’épées me transperçant. La lumière autour de moi s’obscurcit et fait place à une fumée noire. Non. Plutôt… A de la cendre ! Je suis horrifiée. Mon dos qui me picotait légèrement jusqu’à lors, commence à me brûler comme saisi au fer chaud, brûlant ma peau. Un cri m’échappe, un mélange de douleur et de peur. Je suis comme paralysée. La tempête devient si dense que je ne distingue plus mes doigts, la statue n’est plus là, je me sens prise au piège. Cette obscurité m’engloutit, me dévore telle une bête assoiffée, je suffoque, je n’arrive plus à respirer. Puis d’un coup tout s’arrête et en un instant il n’y a plus rien.

   Je m’effondre à genoux, sur le sol froid en pierre du kiosque, je peine à récupérer mon souffle, mon dos me fait terriblement souffrir. Je n’entends pas les bruits et les mouvements autour de moi. Je sens quelque chose être posé sur mon dos, cela m’est terriblement douloureux. L’instant d’après, quelqu’un me porte hors de l’estrade. Toutes mes forces m’ont quitté, je n’entends que des murmures lointains provenant de la statue, je vois des regards affolés. Ma mère ouvre un chemin dans la foule quand je me sens sombrer …

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